La Mórrígan et Morgane le Fay, histoire d’un malentendu. 

Récemment, la question m’a encore été posée sur les possibles similitudes entre la  Mórrígan et Morgane le Fay … Il m’a semblé juste, pour une fois, d’y répondre non pas personnellement mais d’en faire quelquechose d’accessible à tous.tes. Cet article, non exhaustif, est une explication qui se veut aussi succincte que claire à cette interrogation infondée. 

Pourquoi tant d’associations? 

Et oui ! Le raccourci est souvent fait entre ses deux figures emblématiques de la mythologie Celto-occidentale. Il est d’ailleurs compréhensible car, en effet, elles ostentent des particularités aussi communes que parallèles : 

  • Toutes deux sont des figure fortes et féminines.
  • Elles ont des valeurs communes faciles à identifier : magie, manipulation, souveraineté personnelle, combativité, divination, métamorphose…
  • Anti-patriarchales.
  • Proximité dans les consonances.

Pourtant il n’en est rien de la possibilité qu’elles soient une seule et même entité. 

Un mot sur leurs noms.

En Irlandais moderne, son nom s’écrit Mór-Ríoghain , c’est un titre avant d’être un nom propre, qui se prononce « mor-i-en » ou « mor-i-an ».

En gaélique, il signifie « grande reine », « reine fantome » ou encore « reine des cauchemars ». 

La tentative moderne de rapprocher ce terme du nom Morgane est erronée, car elle se fonde sur une mauvaise analyse des langues celtes. 

Morgane, en revanche, est un prénom gallois. Le gallois n’est pas une langue gaélique, c’est une langue brittonique, d’ou la popularité du prénom de l’entité entre le pays de Galles et la petite Bretagne, qui sont d’ailleurs très imprégné du Cycle Arthurien. 

Morgane en britton signifie « née de la mer » ou « enfant de la mer ».

Leurs étymologies sont donc radicalement différentes et si les orthographes sont assez proches de manière moderne, cela ne les lie absolument pas.  On ne peut pas faire des raccourcis en se basant uniquement sur les similitudes de syntaxe : cela reviendrait à appeler toutes les Marianne « Marion » sur la base d’une quelconque ressemblance. 

D’autant que, dans un milieu comme le notre, les arcanes ont une puissance et une magie omniprésente, il s’agit donc de bien nommer les choses et de bien utiliser ces noms. 

Donc, si elles se ressemblent un peu, rien ne laisse supposer (mis à part une lecture moderne, romanisée et balayant du revers de la main les vérités scolaires et profondes du monde Celte) une quelconque conjoncture identitaire entre la Grande Reine et la Fée Morgane.

En contextuellement, ça donne quoi ?

La Mórrígan est une déesse Irlandaise. On la retrouve aussi sous le nom de Cathubodua chez les gaulois. On trace son existence et ses mythes jusqu’à au moins 1897 avant J-C. EN IRLANDE

Le cycle Arthurien, dans lequel apparait Morgane la Fay, date lui du Ve siècle au plus tôt. EN PAYS DE GALLES.

Plus de 1 400 ans séparent ses deux figures mythiques, et ce n’est pas tout ce qui les distingue l’une de l’autre !

Au delà du fait que la Mórrígan est appartient au monde pré-chrétien et que la fée Morgane, elle, évolue lors d’une époque ou le mysticisme chrétien est proche de son apogée, sans avoir pour autant totalement délaissé ses pratiques païennes (et oui, la conversion au christianisme ne s’est pas faite du jour au lendemain)…

Qui sont elles et ne sont-elles pas ?

Morgane le Fay n’est pas une déesse, et elle n’est jamais considérée comme telle. C’est la fille de deux mortels, Igraine et Gorlois, duc de Cornouailles. Son personnage évolue face à la figure du roi Uther, qui avait violé sa mère en prenant l’apparence de son mari grâce à l’aide de Merlin, devenant au passage le père du roi Arthur, demi-frère de Morgane. Merlin, donc, main aidante d’un crime odieux sur sa mère, devient ensuite son mentor, et une relation aussi ambiguë qu’instable et aride se met en place entre eux jusqu’à qu’il la délaisse. Elle est entourée de figures masculines qu’elle aime puis déteste, qui la trahissent ou la bafouent. Toute sa construction et tout ce qu’elle incarne est conflictuel, douloureux et touche à une quête intérieure de libération et d’élévation (mais à quel prix?). Ses relations sont ambivalentes, très variantes, mais toujours teintées de cette ambiguïté, jusque dans la cour du roi Arthur, ou elle tisse des liens très contrastés et souvent problématiques avec les chevaliers de la table ronde. Morgane le Fay finit par chercher la vengeance en devenant une puissante magicienne et provoque la chute de tous, y compris d’elle même. C’est une enchanteresse si puissante qu’il est communément admis qu’elle fini par être plus proche du Sidh que du monde humain, ce qui en fit une fay. Mais les fay ne sont pas des divinités, nombre sont encore connus et très implantés localement. C’est le cas de Morgane le Fay par exemple en Bretagne armoricaine, en pays de Brocéliande, comme pour Mélusine en Vendée, etc…

La Mórrígan, de son côté, n’est pas une femme qui se libère de ses chaines face aux hommes, c’est une déesse souveraine. Le seul homme notable qui puisse être retenu et nommé face à elle est le Cú chulainn, qu’elle poursuit jusqu’à sa mort après qu’il se soit refusé à elle. 

La Mórrígan est une fille légitime, elle a perdu sa mère lors de la première bataille de Moytura et a des soeurs. Morgane la Fay a des similitudes avec elle bien-sur, elles sont toutes deux magiciennes. Mais elle ne pratiquent pas les mêmes magies car les époques sont radicalement différentes. On ne peut pas mettre toutes les sorcières dans le même chaudron si j’ose dire. 

D’autant que la Mórrígan est infiniment plus que cela, elle est reine, territoriale, toute puissante…et surtout, son essence est divine. Elle a appris la magie par delà le Nord du Monde avant d’arriver en Irlande, elle ne doit pas cet apprentissage à un mentor, du moins celui là ne serait pas plus mortel que connu à ce jour. Ses pouvoirs sont nombreux, elle est immortelle et métamorphe. D’ailleurs, c’est une lecture anthropomorphique que de visualiser la Morrigan comme une humaine, et dans le Lore, elle apparait plus souvent sous la forme d’animaux, notamment les corneilles et les corbeaux que sous forme humanisée. Et quand elle prend corps, elle ne choisi jamais la même apparence humaine. 

Elle est honorée lors de batailles, de couronements et de rites funèbres. C’est une déesse de la guerre. Mis à part la discorde que Morgane est capable de semer, et hormis les batailles qu’elle mène seule, elle n’a aucun attribut guerrier et n’est absolument pas liée aux valeurs martiales.

Toutes ses différences ne sont qu’un petit résumé de ce qui fait que la Mórrígan et Morgane le Fay sont tout à fait distinctes l’une de l’autre, mais ces informations sont, aux yeux de la prêtresse morriganienne que je suis, essentielles à une bonne assimilation de leurs fonctions et état d’être. 

Slán agus beannachtaí! 

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