La légitimité, mon expérience

Cette année 2020 n’aura pas été de tout repos.
En termes de travail sur moi, il y a eu beaucoup de changements.
L’une des choses qui m’a secoué et demandé le plus d’efforts, c’est sans doute le travail sur ma légitimité, notion floue et ô combien importante lorsque l’on se définit prêtresse, mais nous tâcherons de préciser tout cela par la suite.

J’ai véritablement rencontré la communauté païenne peu de temps après ma cérémonie d’officialisation de prêtrise en septembre 2019. 
Naïve, je pensais que dans une communauté spirituelle, hétéroclite, les membres seraient bienveillants et ouverts d’esprit. Après ces dix années, et même plus, de sacrifices, de travail acharné, de remise en question, de moments de fierté intense, de joie, de fatigue, enfin je devenais ce pour quoi je m’étais toujours battue. J’avais l’impression d’être alignée, d’être à ma place. Encore jeune et inexpérimentée en tant que prêtresse, je me sentais tout de même légitime.
Aider les autres, leur transmettre ce que j’avais appris, c’était là l’une de mes raisons de vivre, une façon de m’accomplir.

Néanmoins, assez rapidement, je me suis heurtée à un mur.
Quelques critiques se sont élevées, à demi-mot. Je m’attendais à ne pas être appréciée de tous, et cela m’importait peu. “Tant que je suis moi, tant que je me plais dans ce que je fais, tant que je sais que je n’ai rien à me reprocher, où est le mal ? Que peut me faire le regard des autres ?” c’est ainsi que je pensais.

Certains d’entre vous me connaissent bien, je suis une femme droite, carrée, j’ai des convictions, certains avis bien nets, et j’ai surtout des valeurs auxquelles je ne déroge jamais.
Pour moi, la sorcellerie et  le paganisme sont de merveilleuses choses, qui comme toutes pratiques et religions, sont propres à chacun.
Ainsi, personne ne peut trouver quoi que ce soit à redire aux pratiques des autres (tant qu’elles ne mettent personne d’autre en danger).

À mon sens, quelques pratiques, issues d’un savoir anciens partagé oralement de génération en génération, doit rester secret.
Quelques fois, on m’a reproché de ne nommer aucun courant, de ne nommer aucun mentor, de ne partager aucune photo, d’être floue sur certaines zone de mon passé. Si au départ cela ne me touchait pas, avec l’usure, l’acharnement de quelques personnes, j’ai fini par être déstabilisée.
On m’accusait de mensonges, de m’autoproclamer prêtresse, de ne rien savoir.
Des mots et accusations bien subjectives qui, quelques mois auparavant, me seraient passées au-dessus de la tête, mais qui, cette dernière année, m’ont profondément bouleversé, au point de remettre en question ma prêtrise et ma légitimité.

Pourquoi mentir ? Pour la gloire ? Quelle gloire ? Pour mon ego ? Tout ça me dépassait complètement. La prêtrise n’est pas un long fleuve tranquille, un titre n’est pas une chose que l’on s’attribue pour se sentir exister. Au fond de moi, je savais ce que j’avais fait pour en arriver là, et j’ai fait l’erreur de penser que me justifier et aller dans le sens de ces critiques allait les faire taire.

”Ton coven devait être une secte !”
”Tu es dangereuse !”
”Nous n’avons aucune preuve de ce que tu avances, tu pourrais t’être autoproclamée !”

Pendant quelques mois, j’ai eu peur. Je n’ai pas honte de le dire aujourd’hui. J’avais la boule au ventre sur les réseaux sociaux, même avec la plupart de la communauté que je savais maintenant bienveillante et compréhensive. Je voulais tout arrêter. J’avais peur de mal dire, de mal faire, de faire honte à mes consoeurs et confrères, de salir mes Dieux et Déesse, de ne pas être assez forte, assez prête.
Manipulée, fragile, je ne me suis plus reconnue.

Jusqu’à ce que je me réveille, encouragée par quelques merveilleuses personnes qui se reconnaîtront.
En sortant de ce brouillard limitant, je me suis sentie respirer à nouveau. “Nous sommes tous les mêmes, tous mortels, personne n’a entièrement raison ou tort ».
La nuance et le libre arbitre, notions chères à mon cœur, me sont revenues ce jour-là.

Depuis, j’ai beaucoup travaillé sur la légitimité.
Qu’est-ce que la légitimité ?

Si l’on la prend comme “fondé en droit ou en justice, reconnu par la loi”, non, je ne suis pas légitime. Comme aucun autre prêtre ou prêtresse païen/païenne.
Être légitime, c’est aussi à mon sens un sentiment, une éthique. Se sentir capable, avoir travaillé pour, quelque chose de bien fondé.
Qui peut alors juger de la légitimité dans ce sens ? Chacun y va de sa pensée et de ses expériences, pour autant personne n’a le droit de vous imposer quoi que ce soit.

J’ai retiré beaucoup de choses de tout cela.

Premièrement : Je ne me justifierai jamais, je ne m’abaisserai pas à cela, je sais ce que je vaux, je suis consciente de ce que j’ai fait, de ce dont je suis capable ou non, et je chéris et porte haut dans mon cœur ma prêtrise, qu’elle soit par divinité ou communautaire.
Je  ne donnerai jamais plus de détails sur moi et mon passé qui ne regarde que ma famille et moi-même. Les noms de mes mentors, de notre coven, de ce que j’ai fait durant ces années ne regarde que moi, et si un jour je décide d’en parler je le ferai sans que l’on ne me somme de quoi que ce soit. Rien ne vous donne le droit de forcer ou de vous immiscer dans la vie de quelqu’un.
Peu importe que certains pensent que je ne suis pas “réellement prêtresse” (et l’on pourrait se poser la question de ce qu’est “réellement” une prêtresse). Peu importe. Je ne force personne à me croire, je ne fais pas ça pour les autres, je fais ça pour moi, pour mes Dieux et Déesses. Si vous préférez croire que je mens, que je n’ai aucune connaissance, que je fais ça pour n’importe quelle raison, qu’il en soit ainsi ! Je n’ai pas de temps à perdre avec ces accusations souvent peu constructives et infondées. À quoi bon ?

Deuxièmement : Je suis légitime. Autant que vous : nous sommes légitimes. Soyez conscients de vos forces, de vos faiblesses, de votre pouvoir, de votre volonté. Aujourd’hui, on nous apprend à nous taire, assez peu à parler.
Je me trouve légitime selon mes critères.
J’ai également la chance d’avoir de merveilleux élèves, des frères et des sœurs qui m’estiment et me reconnaissent comme tels, reconnaissent mon travail; à vous merci.

Troisièmement : Ce n’est pas mon cas, mais je sais qu’il existe de nombreuses personnes qui se sont auto-initiés. Et alors ? Je ne trouve pas que cela change quoi que ce soit. L’âge, le genre, les origines, ne changent rien à la légitimité d’une personne.
Vous avez le droit de réfuter tout cela, de ne pas y croire. Les covens, groupes, ordres ne sont pas faits pour tous.
Oui la hiérarchie existe, et si elle n’est pas tyrannique, si elle tire tout le monde vers le haut, je ne vois pas en quoi cela pose problème.
Laissez les personnes être qui elles sont.
Bien sûr que la critique est saine et nécessaire, mais il ne faut pas qu’elle soit oppressante, ni mal amenée. Bienveillance, ouverture d’esprit, remise en question et constructivité sont nécessaires.

Depuis je n’ai plus peur : Je suis légitime.
J’exerce ma prêtrise avec confiance et fierté.

J’avance plus sereinement sur mon chemin, et plus aucune critique ne m’atteint.

Je fais les choses pour moi.

Je suis, vous êtes, nous sommes légitimes.

Joyeuse séparation, soyez bénis. 

4 réflexions sur “La légitimité, mon expérience

  1. Déjà, MERCI !
    Ensuite : BRAVO !
    Merci d’être Toi et de nous parler ainsi, de nous livrer ce que tu sembles bon de livrer. Personnellement, cet article résonne tout particulièrement en moi aujourd’hui.
    Et bravo d’être passée par dessus les détracteurs qui ne cherchaient pas le dialogue mais la destruction. Ce n’est vraiment pas toujours chose aisée ! Bravo également d’avoir écrit cet article, tout simplement.

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  2. C’est une belle leçon de vie qui tu nous transmet là. Tu le sait moi aussi j’ai quelques soucis avec ma légitimité. Mais comme on m’a répondu « tu ne saura jamais tout, autant faire ce que tu sait et tu apprendra le reste sur ton chemin. N’oublie pas que la légitimité n’est valable que pour soi, les autres ne sont pas si important. Ceux qui te suivrons ne poserons pas la question car ils reconnaîtrons ta valeurs par tes actes et tes mots. Les autres son perdu dans leur égo »

    Merci Nienna 🙏

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  3. honnêtement ça me fait vraiment plaisir de lire cet article et de voir à quel point tu as réussi à avancer depuis qu’on se connait.
    ça à réussi à me mettre les larmes aux yeux ! (bon après, on connait tous ma sensibilité mais quand même !)
    je suis vraiment très heureuse de pouvoir lire ces mots venant de toi !

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Répondre à celestelaufeyson Annuler la réponse.

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