Des réflexions autour de l’équinoxe de printemps

Si la Roue de l’Année est communément utilisée par les païens pour célébrer le passage des saisons au fil des sabbats, il est important de se pencher de manière plus studieuse sur les phénomènes qu’ils symbolisent. A titre personnel, je préfère organiser ma pratique autour des points culminants et des points transitoires de l’année, c’est pourquoi je vous écris cet article.

Il n’existe pas d’équivalence d’Ostara dans la tradition irlandaise, si ce n’est ce que Bede, un moine anglo-saxon, aurait écrit sur une déesse « Eostre » au 8e siècle…Pas d’Ostara donc, mais une ritualisation bien présente et justifiée autour des équinoxes et des solstices. L’heure exacte de l’équinoxe de printemps (ou équinoxe vernal) en Irlande en 2021 était 9h37 ce samedi 20 mars. 

Et dans ma tradition, cela revêt une importance bien plus notable que le sabbat lui-même.

Le Cairn de Loughcrew, qui est aligné sur l’équinoxe de printemps en Irlande.

Comprendre la nature cyclique du temps et du monde…

L’année païenne étant divisée dans son alternance entre la saison claire et la saison sombre, il faut rappeler qu’une année terrestre est elle-même naturellement divisée en deux moitiés qui sont elles-même subdivisées en trimestres. Au cours de la saison sombre donc, les nuits sont plus longues que les jours, et inversement pour la saison claire.

Le temps est cyclique, contrairement à la lecture linéaire du temps qui s’est démocratisée sous l’influence judéo-chrétienne.

Ainsi, une journée se divise en plusieurs culminances énergétiques : lever de soleil, zénith, coucher de soleil, nuit. De même, le cycle de la lune, qui dure un peu plus de vingt-huit jours, est divisé, comme l’année, en deux moitiés et quatre quarts. À la nouvelle lune, la lune est invisible depuis la Terre, étant éclairée par le soleil du côté opposé. Elle est dans l’obscurité totale, en ce qui nous concerne. Puis vient le premier croissant fin, qui s’élargit progressivement, jusqu’à ce que, une semaine plus tard, il devienne la demi-lune ou le premier quartier. Au fil des saisons le soleil est plus ou moins proche de notre hémisphère, ce qui est la raison physique de cette alternance entre la saison claire et la saison sombre. L’équilibre entier du monde dans lequel nous évoluons réside dans cette perpétuelle alternance entre le clair et l’obscur.

Deux fois par an, l’équinoxe est un court plateau de lumière et d’obscurité apparemment égales dans nos jours de mi-printemps et de mi-automne. Au moment précis de l’équinoxe, le soleil traverse le plan équatorial de la Terre, une projection de l’équateur terrestre dans l’espace.

Les équinoxes sont des moments primordiaux et à mon sens bien plus interessants pour pratiquer, puisqu’ils se situent aux points de basculement des deux saisons. Aux moments ou le jour et la nuit ont la même durée, ce qui ne se produit que deux fois par an.

A l’équinoxe de printemps, que nous venons de passer donc, la saison claire commence, le jour a gagné du terrain sur la nuit, et c’est dans ces énergies que nous baignons depuis le week-end dernier ! Le prochain pic énergétique auquel nous allons nous préparer est celui du solstice d’été (qui est symbolisé par le sabbat de Litha) et qui correspondra au point culminant de la saison claire, donc à la fois à son apogée et au début de son déclin.

(Petite piste de réflexion autour de l’apogée qui est le début du déclin dans cette optique : commencer à l’intégrer dans nos rituels, notre vision du monde et dans nos pratiques en ces temps troubles.)

Pour faire clair donc : les équinoxes correspondent à des points transitoires où la lumière et l’obscurité se partagent le même temps, les solstices eux correspondent à des points culminants, le jour ou la nuit la plus longue de l’année.

Donc, plus important à mes yeux que les énergies d’Ostara, l’équinoxe de printemps…

En quoi ces passages sont-ils si important à honorer et intégrer dans nos pratiques païennes ?

Parce que justement, à part aux équinoxes, le partage relatif du temps entre le jour et la nuit n’est jamais égal. Et ce, comme je l’ai précisé plus haut, dans tout ce qui est sous jacent aux cycles clair-obscur du jour, de l’année ou de la lune, il s’agit là d’un principe naturel qui sous-tend l’existence de nombreux êtres et choses, qui constitue les fondements de notre monde matériel. Et il n’existe pas, à mon sens, de pratique magique possible ou viable sans une compréhension scientifique et approfondie du monde qui nous entoure.

Dans le cadre de cette réflexion autour des équinoxes, je pense qu’il faut s’intéresser aux enjeux que représentent ces transitions. L’interrelation entre le jour et la nuit dans le cycle de vingt-quatre heures que prend la terre à tourner sur elle même dans son transit autour du soleil joue un rôle essentiel sur notre environnement extérieur et notre propre constitution bio-chimique, il en va de même pour le passage des saisons.

Et c’est pour cette raison qu’il faut bien cerner ces enjeux, pour les appliquer ensuite à la pratique de nos arts. Certaines saisons sont magiquement plus appropriées que d’autres pour certaines activités :

  • Les activités liées à la naissance, à la croissance et au renouvellement sont plus appropriées à la saison claire.
  • Celles liées à la fin, à la mort et à la dissolution sont plus appropriées à la saison sombre.

Symboliquement, l’équinoxe de printemps représente le retour de la lumière et de la vie, les nouveaux départs, les graines, les bourgeons, l’éveil de la nature endormie, la naissance des bébés animaux et l’éclosion des bourgeons qui apparaissaient timidement à Imbolg. Cette lecture symbolique ne sort pas de nulle part, honorer le voyage du soleil a toujours fait partie intégrante de la vie des hommes.

Il est temps pour nous en cette fin de mois de mars de célébrer le début de six mois au cours desquels le soleil et et la chaleur domineront l’obscurité de la nuit et l’hostilité de l’hiver; de fêter l’entrée en saison claire. L’équinoxe de printemps est le symbole du retour de cette clarté, l’heure du renouveau tant chez les végétaux que chez les animaux.

Pour en revenir à une compréhension plus tellurique de l’importance de l’équinoxe, je vous propose cette piste de réflexion :

Quand les plantes absorbent le spectre lumineux croissant du soleil, elles deviennent plus grandes, plus fortes et plus vertes. Nous ne sommes pas différents et nous changeons aussi biochimiquement suite à notre rencontre avec des énergies électromagnétiques changeantes. S’il est facile pour nous d’observer notre peau réagir à une lumière solaire plus forte et plus longue, ce n’est pas là le seul rôle qu’il joue dans notre constitution interne. Un manque prolongé d’exposition à la lumière solaire provoque des carences en vitamine D, qui renforce et maintient non seulement notre squelette, notre le système immunitaire et nos bio-rythmes humains. En effet, la lumière solaire régule fondamentalement nos rythmes de sommeil, nos rythmes alimentaires, nos rythmes reproductifs et également notre état psychologique. Le retour du Soleil joue donc un rôle primordial sur la nature mais également sur notre corps, notre esprit et notre âme.

Raison de plus, à mes yeux, de célébrer l’équinoxe de printemps avec sérieux.

Et chez les Celtes ?

L’équinoxe, ou Cónocht an Earraigh en gaélique, est un seuil dont le pouvoir et la signification sont multidimensionnels.

Dans le folklore irlandais, le printemps commence à Imbolg, qui est maintenant passé depuis déjà six semaines. Imbolg est un sabbat qui, à mon sens, se prête parfaitement à la préparation de la saison claire sans pour autant bénéficier de ses énergies. Il est temps de ranger, de poser ses intentions, de se préparer doucement à l’équinoxe, de commencer à laisser la saison sombre nous quitter.

Et maintenant voilà que nous y sommes, l’équinoxe est passé ce samedi et nous baignons dans les énergies du milieu du printemps.

Les rites que je vous invite à faire sont autour de la purification de vos lieux de vie, de la fertilité (de vos terres, vos projets et aussi de vos corps) et de la créativité (le temps est à l’inspiration). Ces pratiques, qui n’ont jamais changé, restent vitales et importantes dans notre évolution annuelle…d’ailleurs, elles se retrouvent jusque dans l’imaginaire profane et collectif ! Ne parlons-nous pas communément de « ménage de printemps »? De la saison des amours ? Qui n’a pas envie de sortir faire la fête, sentir la nature, tomber amoureux… au printemps ?

Cette période peut être symboliquement considérée comme un moment de lutte entre la lumière et les ténèbres, la vie et la mort. Dans le christianisme, l’équinoxe de printemps est le moment de la mort et de la résurrection de Jésus. C’est le moment où la communauté juive honore la Pâque et où les anciens Égyptiens, Grecs et Mayas célébraient la résurrection de leurs propres dieux.

Les énergies de l’équinoxe de printemps sont toujours là, le plateau dans lequel nous sommes passé cette semaine est la préparation à six mois de lumière solaire. Six mois au cours desquels elle dominera l’obscurité de la nuit et du clair de lune. Il est facile de célébrer l’équinoxe de printemps dans nos propres maisons et jardins. C’est le meilleur moment de l’année pour se concentrer sur de nouveaux projets, pour se débarrasser des choses qui ne servent plus et (re)trouver le bon équilibre dans sa vie.

Que vous pratiquiez seul, en cercle ou en coven, je vous invite à vous inspirer de l’ancienne tradition pour honorer ce passage….alors, purifiez, invitez, plantez et laissez vous inspirer. Connectez-vous à la nature, faites des offrandes à vos panthéons, pratiquez vos art divinatoires et composez des poèmes à vos divinités tutélaires si vous en avez. C’est le début d’une nouvelle dynamique et dans votre quotidien, il est temps de repasser au clair.

Pour aller un peu plus loin…

En Irlande, l’équinoxe de printemps est observable dans le grand Cairn de Loughcrew, ou Sliabh na Caillí, « la colline de la Crone » en gaélique. Le site étant aligné avec l’équinoxe, la lumière du soleil traverse la porte d’entrée et remonte le long d’un petit passage pour éclairer d’anciens dessins rupestres sur la stèle arrière, ce qui illumine la chambre centrale. 

L’entrée du Cairn de Loughcrew.

Sachant que le Cairn de Loughcrew a été érigé entre 2 000 et 3 000 avant J-C, le simple fait que cela se produise encore des milliers d’années plus tard m’émerveille.

En vous souhaitant de belles célébrations,

Beannachtaí !

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